Hebdo – semaine 30, 2017

Pendant le mois d’août, le blog est en mode vacances, ce qui signifie peu voire pas de critiques. A dans un mois donc !

 

Le lundi, j’ai foui…

spoil1

 Le Tueur

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) Jean Gabin –  Il s’agit peut-être là d’une remarque un peu morbide, mais plus la mort de Gabin approche, plus ses films marquent par leur caractère transitionnel. Après un drame romanesque teinté de réaménagement urbain, Le Tueur est un retour au film policier, mais qui n’omet pas d’assaisonner le contexte à grands coups de modernisation supposée de la police dans le but visiblement raté d’améliorer l’opinion des masses à son sujet. Là-dedans, Gabin est l’ancêtre conservateur. Très bien. Moins bien par contre, la réalisation, comme si ceux derrière la caméra avaient fait un effort de bonne volonté pour évoluer sans y parvenir vraiment. Et la post-synchronisation faiblarde qui ne gâche rien du jeu des figurants car il n’est pas non plus de très bonne facture. Oui, même toi, Depardieu.


 

Le mardi, j’ai foui…

spoil3

 Le Récidiviste

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)

Dustin Hoffman – Hoffman en malfrat. Bon. Cela fonctionne, rien à redire. On s’y serait attendu, l’acteur donnant toujours le meilleur de lui-même presque jusqu’à diriger le film (il s’est finalement résigné à engager un régisseur). Le scénario n’est pas le point fort mais il a quelque chose de vrai qui fait qu’on s’y accroche volontiers. Il est simplement dommage qu’aucune profondeur ne se cache derrière les pages du script ; on devine que le criminel devient un récidiviste pour s’être fait harceler par les autorités pendant sa liberté conditionnelle, mais le film a le tort de ne pas insister sur cette ironie, ce qui la fait ressortir toute bête et simplette. Même chose en ce qui concerne l’escalade : on devine là encore qu’elle est horriblement inévitable sans que l’accent soit mis sur ces ennuyeux paradoxes judiciaires. Et puis certains personnages phares – M. Emmet Walsh en parfait contrôleur vicieux de conditionnelle ? – disparaissent tout à coup, comme oublié par les auteurs. D’autant plus un gâchis que l’oeuvre est déjà captivante de bout en bout pour ce qu’elle est. On aurait juste pu en tirer un chef-d’oeuvre, à peu de choses près. 


Le mercredi, j’ai foui…

spoil1

 Bons Baisers de Russie

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) James Bond –  Un autre des pas maladroits vers l’équilibre de la série James Bond, qui commet moins l’erreur d’être kitsch. On est bien d’accord que cela ne se choisit pas, mais il faut souligner à quel point Dr. No s’avançait trop loin dans des domaines de la science-fiction encore tellement mal éclairés par les caméras. Bref, Bons Baisers de Russie : le pas en avant est sensible, on appréciera l’apparition discrète de quelques gadgets primitifs. Il est en revanche fâcheux pour le spectateur contemporain que le film d’action lui semble un genre récent, car il sera très peu indulgent envers les premiers films sur 007, casant beaucoup plus d’erreurs dans la case des moyens défaillants que dans celle, plus objective, de la période de la réalisation. La séquence avec l’hélicoptère en est une illustration frappante : la scène était réaliste, au point que le pilote a mis la vie de Sean Connery en danger. D’un tournage si extrême, pointilleux jusqu’à l’imprudence, le résultat ne peut être que bon. Mais il a fallu que ces scènes énergiques soient complètement ravagées par le montage, les faisant se succéder comme en un capharnaümoscope idiot. Enfin bon, l’âme de James Bond deviendra grande, et en attendant, le divertissement est présent.


 

Le jeudi, j’ai rien foui…


Le vendredi, j’ai foui…

spoil1

 Vij

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) Film en langue russe –  Une amusante production soviétique dont on remerciera les producteurs de ne l’avoir fait durer que 72 minutes. Le montage est abominable, les dialogues d’une pauvreté aux antipodes de faire honneur à la langue russe. Par contre, ils ont fait des trouvailles en matière d’effets spéciaux qui valent le détour – entendons-nous : à d’autres moments que celui, par exemple, où ils ne se gênent pas pour montrer un décor tournant pour simuler la lévitation des personnages. Mais l’usage de ces effets est inégal, allant de l’astucieux à l’épouvantable. Une simple chose sauve le film d’une appréciation unilatéralement mauvaise : il est amusant !


 

Le samedi, j’ai foui…

spoil1

 L'entreprenant monsieur Petrov

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)

Film musical – Le filon gigantesque Astaire-Rogers a connu bien des hauts et des bas. En ce qui concerne Petrov, il s’agissait bien d’un haut. A sa profession déjà prenante de danseur-chanteur-acteur, Astaire a dû cette fois ajouter beaucoup de travail d’humoriste, mais ce n’est pas là de quoi le différencier d’autres de ses prestations. Ce en quoi il a ici excellé, c’est qu’on a l’impression de ressentir son humilité aux moments où il n’est pas à l’écran ! Un paradoxe un peu absurde, pourtant son talent méritait plus de place et on n’a en aucun cas l’impression qu’il a dû se restreindre à une partie seulement de son potentiel. Pour finir, il n’a pas dû y avoir beaucoup de films des années 1930 donnant à ce point l’impression que de multiples caméras tournaient simultanément à chaque scène. Les jointures sont parfaites et cohérentes. Et puis perfectionniste ! La scène en patins à roulettes a pris près de 150 prises, et au moins 15 fois le duo s’est laissé tombé douloureusement sur l’herbe.


Le dimanche, j’ai rien foui…

Hebdo – semaine 29, 2017

Le lundi, j’ai foui…

 Le Chat

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)

Jean Gabin – En fin de sa carrière, Gabin tourne avec Signoret une oeuvre loin de tout son passé. C’est ainsi en tout cas que l’histoire nous le fait ressentir : ils sont un couple âgé, aigri, dont le vacarme du réaménagement urbain parisien se rapproche de plus en plus de la maisonnette.  La forme adoptée est presque trop littéraire ; les endroits où l’animal est personnifié, là où un sentiment sous-jacent doit se faire sentir, on croirait le voir annoncé par un immense panneau clignotant rouge. Mais l’histoire se prête étonnament bien aux deux vieux géants, qui en font tout en restant eux-mêmes une oeuvre bouleversante et sincère. Et puis même s’il est légitime de trouver le film trop littéraire, il s’agit aussi d’un mérite qui ne manquera pas de satisfaire les lecteurs.


Le mardi, j’ai rien foui…


Le mercredi, j’ai foui…

 Dr. No

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

James Bond – Ainsi donc, tel était le premier film de James Bond. Un opus qu’on peut raisonnablement prétendre être le plus fidèle à la base littéraire puisqu’il est antérieur à toute tentative d’en faire la franchise commerciale que la série est encore aujourd’hui. Remarques principales : le rythme qui s’installe avec une fluidité irrégulière, par à-coups, comme si le moteur de l’adaptation toussait, que scénario et ouvrage de Fleming se rencontraient encore en bien des points où le film n’a pas su trouver son indépendance. Le montage est également pitoyable, reflet de la gourmandise des régisseurs d’alors, dont les idées dépassaient de quinze ans la technique au bas mot. Mais il faut savoir faire la part des choses entre le franchement mauvais et le kitsch, difficile à séparer l’un de l’autre. Il y a des deux ici. Et puis le personnage de Bond, malgré le jeu d’acteurs pauvre au global, avait déjà sa nature profonde, avec tout ses satellites : l’amusement qui va de pair avec ses atours britanniques, la consternation bienveillante rapport à sa qualité exacerbée d’homme à femmes, la jubilation de le voir mettre en oeuvre sa ruse. Bref, un premier film maladroit mais qui laisse la série sur le bon chemin.


Le jeudi, j’ai foui…

 Des Oiseaux petits et grands

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)

Film en langue italienne – Ah, ce que les Italiens peuvent produire d’hilarant sur des sujets graves et toujours avec autodérision ! Cette histoire tout en noms d’oiseaux n’innove pas dans la forme qu’ils utilisent habituellement pour rendre leurs films étranges et bien à eux, mais les petites idées dont celui-ci est truffé feront lever sourcils et commissures des lèvres en même temps. Diante, Lynch lui-même aurait pu s’en inspirer pour ses cocktails d’art magnifique sans aucun sens ! Pasolini assure même qu’il n’y en a pas, de sens. Pourtant c’est un support tolérable à l’insupportable façon méridionale qu’ils ont de parler politique ; et le n’importe quoi est suffisamment bien manipulé pour qu’on se prenne à écouter ce qu’ils ont à dire. Une création unique et diverstissante, donc par définition réussie.


Le vendredi, j’ai foui…

 Par-delà les nuages

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

L’amorce est encourageante, on s’attend à voir un film sur la fortuité réalisé de main de maître. Quand on va plus avant dans l’histoire, on s’aperçoit qu’on est à la frontière du film à sketches avec des scénarios divers que rythment des acteurs aux grands noms dont la fugacité du passage ne fait que glorifier la prestation. La musique est bien aussi, doucereuse et berçante. Mais c’est aux deux tiers de l’oeuvre que ce même côté berçant révèle une nature à se foutre un peu du spectateur, même si ce n’était absolument pas voulu par ceux qui tiennent les manettes. Mais bon, trop de petites histoires sans lien ni distinction viennent à faire passer l’ensemble pour un unique scénario fragmentaire, où il devient lassant qu’à force les grands sentiments instillent de petits résultats. Cela pourrait être une étude intéressante de la réalité des évènements dans la vie courante, mais en même temps l’oeuvre se veut le support à des réflexions d’ordre philosophique, et c’est là que la mixture n’est plus bonne. Ils voulaient touiller à grands coups d’art, mais ils ont fait une oeuvre d’eau et d’huile ; rien à lui redire sur le fond, sauf qu’il y en a deux en réalité et qu’ils sont hétérogènes.


Le samedi, j’ai foui…

 Les Producteurs

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Film musical – Il est amusant de voir une comédie musicale de 2005 produite exactement comme dans les années 1950. Cela se retourne même contre ceux qui en eurent l’idée car le perfectionnement des techniques met en valeur… les imperfections ! Les infimes irrégularités dans les chorégraphies deviennent évidentes, affichées en couleurs et bonne résolution. Détail moins marrant : le film provoque le dilemme de l’humour gras ; en rire revient quelque part à admettre sa propre bassesse d’esprit. Mais toute l’équipe s’est éclatée dans cette création, cela se sent et c’est ce qui compte.


Le dimanche, j’ai rien foui…

Hebdo – semaine 28, 2017

Le lundi, j’ai foui…

 Le Drapeau noir flotte sur la marmite

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Jean Gabin – Quand Audiard, plume toujours en main, passe derrière la caméra, ce n’est curieusement pas une oeuvre littéraire qui en ressort, mais plutôt un conte matériel. Il n’aura pas été satisfait de ses réalisations, pourtant celle-ci apporte un éclairage marin sur un personnage de Gabin à deux facettes. Une histoire à tiroirs qui prouve que les aptitudes du dialoguiste sont presque aussi performantes en macro-écriture qu’en micro-écriture, d’autant qu’il ne néglige pas non plus la technique, allant jusqu’à tourner de longues séquences de navigation ! Au travers de l’enfant un peu rebelle qui est un des personnages, on a l’impression de vivre comme lui ses rêves et leur écroulement. Bref, de bonnes notions qui fonctionnent, même si leur liant est faible et le rythme négligé ; presque un style original !


 

Le mardi, j’ai foui…

 Marathon Man

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Dustin Hoffman – S’être assuré la présence de Hoffman, acteur méthodique s’il en est, n’a malheureusement pas permis à ce film de se voir compenser une sérieuse lacune : rien ne nous permet réellement de nous y intéresser, et c’est assez grave pour un thriller où chaque information est bonne à prendre. Le spectateur devait être tenu éveillé, gardé conscient devant ces rebondissements parfois un peu obscurs, mais en fait d’un marathon policier, c’est un marathon contre une incompréhension qui s’éternise un peu dans un scénario de trop longue haleine. Rien n’est franchement palpitant à part quelques scènes isolées, bien pensées, qui sauvent l’ensemble. Mais quelque part, la collaboration de Hoffman avec Laurence Olivier ne prend pas, comme si l’un, comme dans ses films précédents, avait dix ans d’avance, et l’autre dix ans de retard.


Le mercredi, j’ai foui…

 Inland Empire

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)

David Lynch – Pour son dernier film, Lynch renoue avec le style schizophrène et pas forcément doté de sens qu’il a déjà utilisé dans Mulholland Drive. Difficile d’attacher des sous-entendus supplémentaires à Inland Empire qui a autant d’interprétations possibles que de spectateurs potentiels. La griffe est unique et géniale même si on ne comprend rien. Mais à force de ne rien comprendre, on en vient quand même à se poser des questions. Les acteurs eux-mêmes n’ont jamais su de quoi le film parlait, tout comme les promoteurs qui durent se contenter d’un slogan très vague de crainte de n’avoir pas tout saisi. Partant de là, qu’est-ce qui justifie les caprices du réalisateur à chaque scène ? Pourquoi s’avouer qu’on a apprécié si c’était juste un diaporama sans logique ? Mais quand Lynch nous tient, c’est comme un chaton par la peau du cou : on est bien obligé de rester collé à nos fauteuils, à moitié en train de subir et à moitié en train d’adorer. Par contre, ses gros plans ne sont qu’un exemple des répétitions auxquelles il a fini par s’adonner, et il vaut peut-être mieux qu’il se soit ensuite retiré du cinéma, ou on aurait fini par s’énerver pour de bon d’aimer son oeuvre. Quoiqu’il s’il revenait, il serait bien capable de nous surprendre avec encore un tout autre registre…


Le jeudi, j’ai foui…

 Des Filles pour l'armée

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)

Film en langue italienne – Ne pas se prendre au sérieux, les Italiens ont toujours été connus pour bien savoir le faire, mais il s’agissait plutôt de faire rire le monde d’eux. Avec Des Filles pour l’Armée, c’est le douloureux passé d’une guerre inutile qui remonte, seulement vingt ans après les évènements – l’âge moyen des prostituées qui sont les principaux personnages ; rien de bien marrant donc. La facture est de qualité, la reconstitution si fidèle qu’on se sent honteux de trouver l’histoire agréable. Mais le rythme est juste parfait, si bien qu’on ne peut pas non plus dire le contraire. Un regard cru mais respectueux sur la prostitution durant la guerre ; pour ceux qui ignorent les faits historiques, un point de vue objectif sur la condition de ces femmes qu’on avait plus tendance à considérer comme du bétail que comme des êtres humains. Aucun personnage n’est figé dans un caractère prédéterminé, et même si l’évolution de leurs personnages ne surprend pas, elle est morale et cela fait parfois du bien de voir opposée la morale brut à des horreurs si terriblement bien dépeintes.


Le vendredi, j’ai foui…

 Rouges et Blancs

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Film en langue russe – Les Russes, encore un peuple qui n’a pas peur de remuer un passé pas forcément glorieux pour lui. Une collaboration avec la Hongrie qui se solde par un scénario que… Ah non, il n’y a pas de scénario, en fait : juste une succession échevelée de scènes très dures à relier entre elles qui constituent un patchwork ennuyeux de véracité historique. Par contre, quelles scènes ! Des longues, variées, même si la caméra est trop paresseuse pour les parcourir. Et à la base, une volonté de représenter la vérité des jeux cruels de la guerre, de ses contradictions propres et indépendantes de la politique (inter)nationale. Mais pour se mouiller là-dedans, il ne faut pas craindre les dialogues pauvres et les situations qui se répètent !


Le samedi et le dimanche, j’ai rien foui… 

Hebdo – semaine 27, 2017

Le lundi, j’ai foui…

 La Horse

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)

Jean Gabin – Une histoire de drogue, une intrigue policière à la campagne, Gabin qui y incarne le grand-père autoritaire, ferme et insoumis… A en croire les apparences, encore une oeuvre dans la lignée de sa carrière. C’était sans compter sut un traitement qui sort du moule français : presque glauque, mais surtout tellement impressionnant qu’il en frise l’épique. On ne s’en tient plus ici aux menaces timorées d’incendie criminel, de viol, d’abattage de bétail. Toutes ces scènes sont effectivement tournées et il n’y a pas de place pour les éléments modérateurs. Il s’agit là de représenter les forces de l’illégalité se démener contre un vieillard à la tête durcie par l’orgueil. L’histoire en elle-même était déjà rendue largement appréciable par ces perturbateurs, mais savoir tirer un happy end immoral de tout ça était juste magistral.


Le mardi, j’ai foui…

 Les Hommes du Président

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)

Dustin Hoffman – Cette reconstitution détaillée de l’affaire du Watergate s’est faite beaucoup d’ennemis : entre autres mais surtout la loi du « plus on en sait, moins on en sait ». Le principe qui se cache derrière cette expression plutôt bête agit énormément en mal sur cette oeuvre :  la représentation des bureaux du Washington Post est faite avec une exactitude et un souci du détail énormes, qui offrent une ambiance immersive au possible. Mais ce soin est sélectif car représenter exhaustivement la profession de journaliste demanderait un film trois fois plus long. Résultat, ce qu’on voit du quotidien des reporters est certes troublant de crédibilité, mais les blancs qui sont laissés à la liberté du spectateur de deviner paraissent trop simplets par contraste : beaucoup de coups de téléphone, des sorties pour recueillir des témoignages, pas mal de rédaction… A l’issue de ce film, on a l’impression d’avoir suivi un stage complet, ce qui, en plus d’être bien entendu erroné, n’est pas pour faire de l’oeuvre un objet d’intérêt palpitant. Quelque part, en faisant tellement d’effort, le réalisateur nous laisse sur notre faim car on devine qu’il y a tellement plus à dire… Ensuite, c’est une histoire très américano-centrée car c’est le récit du Watergate quasiment pas romancé, et détaillé à tel point que des récapitulatifs sont nécessaires dans l’histoire, même à destination des natifs.

Mais une fois relevés ces deux soucis hélas majeurs, l’oeuvre est un délice de composition : une scène de six minutes où lorsque Robert Redford se trompe de nom à la toute dernière ligne, il reste dans son personnage et se corrige, d’autres scènes où les acteurs bafouillent, baragouinent, s’interrompent d’une manière qui passe inaperçue sans même gêner tant c’est fait avec naturel… D’ailleurs, Robert Redford et Dustin Hoffman, qui interprètent Carl Bernstein et Bob Woodward, ne constituent pas le duo « Woodstein » par simple allusion au réel : ils avaient ni plus ni moins appris les dialogues l’un de l’autre ! Un perfectionnisme qu’on est obligé de saluer.


Le mercredi, j’ai foui…

 Mulholland Drive

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)

David Lynch – Avec ce film qualifié de meilleur de la décennie ou de tous les temps selon les sources, Lynch redéfinit ce qu’on considère comme normal ou beau. Enfin ça, c’est la première partie, parce qu’il est bien connu pour affectionner les scénarios en deux actes. Et il faut hélas bien donner raison aux détracteurs qui prétendent que le deuxième acte, justement, accumule les gaffes sans plus de considération pour la cohérence. S’ils savaient ce qui arrive avec Inland Empire… Une telle critique peut simplement être née d’un esprit frustré de n’avoir pas tout saisi… mais pas forcément. Et à la manière dont Arronofsky nous abuse aujourd’hui, Lynch a le grand mérite de nous captiver malgré tout, de nous faire apprécier l’art pour ce qu’il est et pas pour les formes agréables qu’il peut revêtir. La fin est une farce sans logique qu’on a tout droit de haïr, mais à laquelle on doit reconnaître le don envoûtant et schizophrène de nous offrir une boucle indémêlable sans qu’on puisse trouver cela anormal.


Le jeudi, j’ai foui…

 Chroniques d'un homicide

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)

Film en langue italienne – Italie, 1972. Le cinéma national se jette sur le thème d’actualité des manifestations étudiantes, le baby boom en passe de se faire une place à la fois dans la violence et le peace and love. Dans ce film, on déplorera que seul le premier de ces aspects soit vraiment représenté. L’oeuvre est censée mettre en opposition la rébellion de la jeunesse et le point de vue conservateur de leurs parents, mais au final, le regard que le film porte sur eux les garde à l’état stéréotypique de fouille-m***e arrogants. Pas la moyenne pour cette mise en abyme.

Par contre, c’est une intrigue très politique décorée de dialogues somptueux et impartiaux, fournis en réflexions qui nous propulsent dans ces années 1970 mouvementées. Exemple de ligne : « il suffit de 50 lires pour tuer un homme », dit le juge, ayant acheté un projectile à des fins d’enquête. Et non content d’avoir réussi la facette littéraire de son oeuvre, le réalisateur place aussi un personnage louche, souvent qualifié de dingue, dont on regrette qu’il soit le seul dans son genre mais qui pimente l’histoire en sortant du moule des personnages italiens en général.


Le vendredi, j’ai foui…

 Les Lumière de Berlin

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)

Film en langue allemande – Faire un documentaire, c’était trop simple pour Wim Wenders. Réaliser un film avec des étudiants aussi. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas mélanger les deux et y ajouter une histoire ? Tout en nous remettant dans le contexte des années 1890 en Allemagne ou des techniciens rivalisaient d’ingéniosité pour animer les photographies, il nous donne accès à une interview authentique et fait que semblant que le spectateur est l’étudiant. Et le tout en seulement une heure ; le générique abuse un peu d’interminabilité.


Le samedi, j’ai foui…

 Wayne's World 2

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)

Un des meilleurs « 2 » de l’histoire du cinéma ! On peut penser ce qu’on veut du duo comique grotesque et vulgaire de Mike Myers et Dana Carvey, mais il faut leur reconnaître le mérite immense d’avoir fait la suite de leur premier film dans le même esprit exactement, avec des variations qui ne vont jamais jusqu’à donner l’impression d’être du remplissage ou des placements de gags pour vider la liste de ceux à mettre absolument. On pourra avoir la nostalgie de certains détails remplacés, commes les blagues grivoises par des allusions culturelles ; ainsi que cela le laisse suggérer, c’est un film légèrement plus mature. Légèrement. Ne pas avoir peur de le voir pour la simple raison que c’est une suite.


Le dimanche, j’ai rien foui…

Hebdo – semaine 26, 2017

Le lundi, j’ai foui…

 Demi-Soeur

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1) Les films de Balasko sont toujours dotés d’une sensibilité particulière qui les rend uniques et attirants ; c’est sans surprise qu’elle fait d’une simple d’esprit – son personnage – un objet d’attachement qui n’ira jamais jusqu’à nous ennuyer de ses vagissements pourtant encombrants. Pour cette griffe qu’elle met dans l’histoire, one ne peut pas non plus se plaindre que le scénario est trop commun. Non, c’est plutôt au personnage de Michel Blanc qu’il faut chercher des poux, car il plonge d’un extrême à l’autre avec beaucoup trop de légèreté, en véritables vases communiquants émotionnels, de sorte que la catharsis retombe comme un soufflé. On en restera donc sur un mignon film français contemporain, bonifié par la présence de Balasko.


 

Le mardi, j’ai foui…

 Hand Cash

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Si vous vous demandez l’effet que ça fait de verser de l’argent dans un projet cinématographique qui représente la violence dans le but, euh… de représenter la violence, alors regardez ça. Voyez les acteurs subir le sort de cette oeuvre dont ils n’avaient pas dû réaliser à la lecture du script combien le scénario est profond. Autant que l’Everest. Combien il était subtil. Autant que du Rembrandt copié par une vache. Bref, la violence n’y est pas réellement insoutenable et, d’accord, ce n’est pas le centre de l’histoire : on y parle en fait surtout de sous, un autre thème philosophiquement élévateur. Et beaucoup ont été mis en régie pour faire mumuse avec des voitures. Anecdote amusante : lors du tournage, le peu de talent de Val Kilmer fut porté disparu. On le retrouva deux mois plus tard sur une plage des Caraïbes.


Le mercredi, j’ai rien foui…


 

Le jeudi, j’ai foui…

 Âmes en stock

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Un autre exemple du syndrôme de la trop bonne idée : les vingt premières minutes nous en détaillent la teneur et on a franchement envie d’en savoir plus. Dans l’histoire, l’âme est quelque chose que la science maîtrise comme n’importe quel (autre) organe, sans toutefois le comprendre. Cela réduit l’incrédulité en surplus du spectateur à un minimum, c’est donc une bonne chose ; l’âme entre dans la « peau » de son « personnage » avec naturel. Et puis la présence du syndrôme se révèle : derrière l’idée, aucune dimension poétique ou rêveuse telle qu’un sujet comme l’âme le méritait. Rien à quoi accrocher notre curiosité. Juste un scénario beaucoup trop matérialiste pour son thème, où interviennent impertinemment un réseau de traficants même pas bien esquissé, et des relations platoniques là où devrait frapper l’émotion (par exemple au sein du couple). A force de rire de l’aspect en pois chiche de l’âme – quelle idée déjà d’en faire ce répugnant solide ? -, on a l’impression que ce sont effectivement des pois chiches. A éviter à moins de n’être (vraiment pas) exigeant.


Le vendredi, j’ai foui…

 The Double

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)

Une oeuvre qui va au fond de son ambiance, comme si le réalisateur avait eu une super bonne idée et en prime la sagesse de la développer au maximum sans empiéter sur l’autre grande part importante du film, l’histoire. Malheureusement, la vie propre de cette atmopshère néo-noire – qui n’est pas sans rappeller les débuts de Lynch – n’est pas tout à fait linéaire. C’est heureusement une impression qui se dissout en même temps que la vivacité du souvenir du visionnage. Mais en effet, difficile d’être toujours autant absorbé dans ces machineries aux tons jaunâtres, dans cette société glauque et illogique, qui ont pourtant le mérite d’attirer l’oeil sans vantardise. Mais l’ambiance et l’histoire, ce yin et yang fondamental dont le contraste est particulièrement appuyé dans ce film, font largement l’affaire pour qu’on s’intéresse à la maîtrise par les acteurs de ces jeux sur l’injustice social, élevée au niveau d’un cauchemar. Et là où le réalisateur confirme un caractère patient, c’est dans sa manière de démouler doucement une fin qui ne fout pas tout en l’air.


 

Le samedi, j’ai foui…

 Wayne's World

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)

Film musical – Qu’il est difficile d’entrer dans ce film ! Les deux protagonistes arrivent à toute vitesse car on doit sentir d’entrée de jeu à quel point leur présence va être importante, et ils nous donnent immédiatement l’impression d’être à la racine de Dumb and Dumber, de deux ans postérieur. A la différence que ce dernier cultive le premier degré crado et se prend au sérieux tel quel. Wayne’s World est sa propre parodie, une dimension normalement théorique qu’on est forcé de prendre au sérieux à cause des multiples apartés des personnages à la caméra. La couche sous-jacente au littéral, là où se trouvent les références culturelles, aurait mérité d’être un peu plus épaisse, mais il ne faut pas perdre de vue que le film est drôle dans un sens éminemment tous publics. Bon, l’humour est vraiment de bas-étages, mais l’enrichissement est grand, surtout en VO, même si on ne comprend pas tout. Après tout, ça vaut quand même peut-être mieux parfois.


Le dimanche, j’ai foui…

 Nazarin

allocineimdb

300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)

Film en langue espagnole – Toujours à l’aise dans la misère d’où il sait tirer des interprétations aussi bien que des témoignages, Buñuel s’attaque cette fois au prêtre idéal. Beaucoup trop, d’ailleurs : sans défaut, le padre réconforte tout le monde, et de tout le monde supporte sans broncher les insultes et les coups. Mais de l’essence de ce religieux idéal, il fait jaillir une métaphore énorme qui n’aurait pas existé sans ces excès : le paradoxe du saint, adoré par les uns et abhorré par les autres. Tout gravite autour de lui tel un maelström compliqué, alors qu’il n’y a pas d’homme plus simple que lui ! Et, contradiction ultime, cet homme d’un altruisme et d’une lucidité hors du commun baigne dans un monde séculariste où il ne manque pas lui-même d’être le vecteur de la parole chrétienne, quoique dans un sens originel extrêmement sain. Et il lutte pourtant contre les superstitions ! Des oppositions magnifiques mises en oeuvre sans en avoir l’air.

Hebdo – semaine 25, 2017

Le lundi, j’ai rien foui…


 

Le mardi, j’ai foui…

spoil1

 Lenny

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Dustin Hoffman – Un film en hommage à un autre de ces comiques dont le public se partageait entre les admirateurs et les détracteurs, à la manière d’Andy Kaufman, sauf que Lenny Bruce n’était pas adepte des canulars mais plutôt de l’obscenité. Mais qu’est-ce que l’obscenité ? Le film en noir et blanc de Bob Fosse amène parfaitement cette réflexion, ou plutôt la ramène de l’époque de « Lenny » qui l’a initialement formulée avec une subtilité provocante, à tel point qu’il fut souvent emprisonné. Malheureusement, l’humour est très mal transmis, et le choix d’entrecouper l’histoire de fausses interviews non seulement casse le rythme, mais fait passer l’oeuvre plus pour un documentaire que pour un biopic romancé. Résultat : une heure quarante minutes d’une soupe inintéressante qui se balade entre les deux, une durée qu’on aurait pu amputer des deux tiers si cela ne signifiait pas couper le sifflet à Dustin Hoffman dans son interprétation malgré tout convaincante d’un comique philosophe.


Le mercredi, j’ai foui…

spoil3

 Une Histoire vraie

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg David Lynch –  Le film marque l’esprit avant même d’avoir commencé, et par deux choses encore ! Tout d’abord le titre, qui est d’une simplicité étonnante et qui a l’immense mérite de ne pas être l’étiquette d’une oeuvre mais sa définition, telle qu’elle s’adresse avec honnêteté au spectateur. Le titre anglais est « The Straight Story » : « vraie » et « straight » ont tous deux l’avantage d’être des adjectifs à la sémantique très large, et tous leurs sens s’appliquent au film pour de vrai : l’histoire est vraie, touchante, authentique, humaine. Tout ce qu’on perd en français, c’est que « Straight » soit le nom de famille du personnage principal.

Quand à l’histoire, je suis obligé d’en témoigner à la première personne : je n’ai jamais vu d’histoire avec tant d’empathie et de compassion, à tel point que j’étais crispé par la crainte de voir apparaître un antagoniste, car la logique voulait qu’il y en ait un. Et c’est grâce à cette peur d’ailleurs que Lynch nous tient scotchés à nos sièges et nous fait les esclaves consentants de ce viol de l’esprit par tant de beauté, magnifiée par sa simplicité. Celle-ci triomphe en elle-même et pour elle-même, explose dans un hymne à l’Homme et à l’humanisme. En plus, le thème musical est vraiment beau. J’ai déjà dit « beau » mais l’oeuvre mérite bien que je m’abaisse à encore faire succéder ce mot à lui-même sans avoir plus rien à dire car nul discours ne pourrait rendre honneur à ce film. Allez, cinq étoiles !


 

Le jeudi, j’ai foui…

spoil1

 Le Commissaire Pepe

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Film en langue italienne – On aurait voulu pouvoir compter sur un déroulement moins chaotique de l’intrigue de ce film. Elle mande de rythme et on a tendance à s’en détacher une fois qu’on a compris que l’humour n’est pas la piste la mieux exploitée ici. Pourtant l’intérêt revient avec la diversité des profils, qui viennent en effet rythmer l’histoire, mais simplement trop tard et sans consistance. Il n’y a pas vraiment d’histoire, ou bien c’est l’histoire d’une histoire où il ne se passe rien. Vraiment difficile de s’y accrocher.


Le vendredi, j’ai foui…

spoil1

 La Commissaire [la ressemblance avec le film précédent est coïncidentielle]

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg (1) Film en langue russe –  Ce film aura tout gagné en misant sur une seule chose : pas ses acteurs, ni ses cadrages qui n’ont pourtant rien à envier aux réussites contemporaines, ni son histoire dont il faut toutefois chercher un équivalent assez loin si on ne considère pas les films de guerre russe comme un genre homogène, ce qui serait bien sûr un tort. Ce point fort, c’est d’avoir su jouer sur la féminité vacillante d’une femme combattante, efficace dans le système militaire communiste, robuste et fière, et frappée par la grossesse comme par une affliction dont il faut la persuader de la beauté. La façon dont elle passe à travers ce processus d’acceptation – puis dans la manière dont elle commence à aimer son enfant – met en jeu ses convictions et son honneur, il n’y a rien qui ne soit authenique chez les personnages avec qui elle vit cette épreuve. Le scénario pense à tout, sacrifiant son rythme – en admettant que les films de guerre russes en ait jamais eu de correct – à sa métamorphose en gigantesque métaphore de la maternité par la guerre. Il est appréciable que le régime soviétique ait été le berceau d’une telle perle qui parle du rôle de la femme.


 

Le samedi, j’ai rien foui…


Le dimanche, j’ai foui…

 Sixième Sens

Hebdo – semaine 24, 2017

Le lundi, rien j’ai foui…


Le mardi, j’ai foui…

 Papillon

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¾.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Dustin Hoffman – McQueen et Hoffman dans un duo tragique et historique portant sur le bagne en Guyane Française. En d’autres termes, un sacré voyage touristique à la sauce américaine, ce qui signifie devoir accepter la chose comme elle vient telle n’importe quelle autre oeuvre étasunienne. Le fait que les Français y parlent anglais y compris. Et le jeu des deux acteurs a de quoi nous transporter si on ne craint pas les longs silences audio. Mais il faut savoir se remettre dans le contexte : en 1973, c’était une création réussie dans la lignée de bien d’autres dont Hoffman est un vecteur qui y a survécu. Il aurait fallu attendre une décennie pour avoir sous les yeux un scénario avec moins de blancs et une continuité temporelle plus pleine. En revanche, s’il y a bien des détails d’une médiocrité intemporelle, c’est la scène de tempête en mer par un grand ciel bleu, et le maquillage des lépreux qui tient du masque plus que d’autre chose.


Le mercredi, j’ai foui…

 Lost Highway

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg

David Lynch – Lynch, ou le refaçonneur de ce qu’on croyait intangible. En quelques coups de crayon sur les pages du scénario, il plante déjà les bases de la réforme la plus radicale de tous les genres à la fois. Quelle difficulté ensuite, pour l’artiste accompli qu’il est, d’assumer les différents rôles auxquels le générique témoigne qu’il a pris part (notamment dans le secteur musical), tout en mettant en scène ce théâtre bizarre, qui prouve entre autres choses qu’on peut prendre au cinéma d’horreur les scènes symptomatiques sans prendre le lot « symptômes et clichés » ? Autrement dit, sans s’y enfermer.

Pullman se reconvertit d’Independence Day à cette oeuvre fantasmagorique et complète, et ce sans dégâts. La confusion que le réalisateur veut instiller dans l’esprit du spectateur est telle qu’on a l’impression de voir deux films différents de part et d’autre du point de rupture, d’une manière si nette qu’on peut dire de celui qui ne le voit pas qu’il n’a pas compris le propos du film. Et il n’y a pas de doute que l’orchestration de ce disjointement a nécessité de Lynch qu’il se fasse un parfait schizophrène créatif. L’univers lent, rythmé par des ruptures de ton tapageuses, contrastent avec la deuxième partie qui se place en thriller harmonieux, plus conformiste, quoique dans un second degré enveloppé d’une musique enveloppante assez déroutants. Il y a un synonyme à l’ensemble de ces nombreux adjectifs : génial.


Le jeudi, rien j’ai foui…


Le vendredi, j’ai foui…

 Lisbonne Story

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star½.svg300px-Star-.svg (1)

Film en langue allemande – Wenders laisse cette fois le soin de philosopher à ses personnages, passant par le second degré plutôt que de faire une oeuvre qui parle par elle-même. On a de la sorte moins l’impression que c’est le dialoguiste qui parle et que le dialoguiste est Wenders. Il y a là un peu d’humilité, peut-être, mais pourtant ça n’en est pas moins une oeuvre engagée où il se plaint, ouvertement et sans complexe d’être reconnu chez ses protagonistes, de la commercialisation galopante du cinéma. Il déplore que les images ne racontent plus d’histoires, et il évoque ses regrets dans un style quasi-tout public et comique. Presque autant un auto-documentaire qu’une énième tentative de se moquer des langues du monde ou encore qu’un film, mais juste parfait tout de même, parce que l’innocence est le meilleur moyen de convaincre de sa foi en une chose, et la sienne dans le cinéma est frappante.


Le samedi, j’ai foui…

 Flashdance

allocineimdb300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star¼.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

Film musical – Un classique qui ne fait pas vraiment honneur à la diversité musicale dans laquelle il aurait pu plonger. Il est bien fait et on comprendra aisément, même à 35 ans d’écart, pourquoi il est devenu culte, mais un certain minimalisme bien dissimulé est à l’oeuvre qui transforme le beau en mignon. L’oeuvre aurait sûrement fait très bon usage de 20 à 30 minutes supplémentaires en longueur, de quoi régler les trucs qui traînent dans l’histoire et en faire quelque chose de plus satisfaisant. Certains personnages sont carrément laissés pour compte ! Le scénario est relativement convenu, ce qui n’est pas grave en soi, mais la faible profondeur des rebondissements et le principe de la « flashdance » sur laquelle les danseuses, eh bien… dansent – sans jamais chanter même en playback -, font sonner le tout un peu comme une insulte non formulée aux artistes derrière tout ça. Surtout quand la star, révélation même, est doublée pour les scènes de danse…


Le dimanche, j’ai foui…

 Zone Rouge

allocineimdb

300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg300px-Star-.svg (1)300px-Star-.svg (1)

On part sur un bon film catastrophe à la française, un honneur hexagonal réussi à l’engouement qui secoue alors les USA sur ce thème. Il est dommage que la façon française ne se prête pas de manière exceptionnelle à la peur et à l’action, qui sont ici timidement représentés, et le scénario y fait des incartades qui ne sont du coup qu’à peine correctes. Mais il fallait oser le faire, et oser mettre de vrais noms sur les corporations fautives. Un thriller aisé à résoudre pour le spectateur mais une distraction qui fonctionne.